La nature au bord de la route et de la voie ferrée / 2 :

Des jardins collectifs pour une conception soutenable des infrastructures de transports terrestres 

Responsables scientifiques

Grégoire Chelkoff et Magali Paris
CRESSON – École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble
gregoire.chelkoff[@]grenoble.archi.fr et magali.paris[@]grenoble.archi.fr

Mots-clé

Jardins familiaux, écosystème, compensation, aménagement urbain.

Résumé

Les collectifs de jardins potagers installés aux abords d’infrastructures de transport sont confrontés à des conditions difficiles et font preuve d’une résistance surprenante en créant des milieux spécifiques. Ils portent ainsi des services inattendus. Pour explorer leur avenir dans la ville contemporaine, faisant suite aux précédents travaux menés sur leurs qualités d’ambiances et leur rôle écologique (ITTECOP n°2), ce second volet poursuit les investigations in situ (mesures, entretiens et prélèvements) en incluant les questions de pollution et les conditions de faisabilité urbaine.

Ces situations de confrontation entre infrastructures de transport et jardins cultivés amènent à se demander plus largement s’il est possible de concevoir la ville, plus globalement l’espace urbanisé et circulé, en incluant une composante agricole installée dans certains interstices urbains ?

L’objectif est de mettre à jour et d’énoncer des critères à partir de la connaissance des situations étudiées et des modalités de transformation spatiale qui semblent émerger en France. La recherche définit ainsi 20 critères dans les 4 champs d’investigations initiaux (ambiance, écologie, pollutions, urbanisme). Ils sont exposés dans un glossaire et exemplifiés par les situations explorées. On propose de croiser ces critères pour définir des objectifs de réalisations nouvelles ou de confortement d’anciennes à l’occasion de remaniement des infrastructures ou des projets urbains.

Les terrains français (situés essentiellement en Ile-de-France pour la présente recherche) sont confrontés à d’autres situations, l’une européenne (Lisbonne), l’autre nord-américaine (San Francisco). Les situations étudiées à l’étranger montrent que l’intérêt des collectifs de jardins dépasse toujours le nourricier et réside précisément dans les modalités d’un projet qui mettrait en lien le local et le territorial.
On observe que lorsqu’un engagement fort des pouvoirs publics à la fois économique et politique se met en place, il peut opérer efficacement à l’échelle des flux (écologie et transport), mais peut tendre parfois à gommer les installations humaines existantes. Lorsque les jardins ne font pas l’objet d’une politique construite et sont laissés à l’initiative des acteurs qui les mettent en œuvre ; s’ils peuvent jouer un rôle de régénération sociale, écologique et urbaine des milieux, les infrastructures demeurent quant à elle une contrainte. Cette contrainte est assumée dans la composition et le fonctionnement du jardin. Là-bas comme en France, l’influence des infrastructures sur la pollution (air, sol, végétaux) demeure difficile à évaluer et à localiser mais peut faire l’objet d’attitudes différenciées des acteurs jardiniers : souvent d’ignorance et quelque fois intégrative.

D’une certaine manière, à l’issue de l’ensemble des investigations menées, ces installations urbaines nourricières contribuent à rendre les infrastructures de transport plus « urbaines », les gestionnaires des infrastructures auraient tout intérêt à mieux associer les jardins au projet en partenariat avec les acteurs locaux tout en prenant en considération les critères proposés dans le présent glossaire.